Mariano Rajoy rattrapé par le scandale – Le Soir, 02/02/13

BONTOUX, GUILLAUME

Samedi 2 février 2013

ESPAGNE Les affaires de corruption du Parti populaire n’épargnent plus le Premier ministre

MADRID

DE NOTRE CORRESPONDANT

Jusqu’à présent, il avait été épargné. Depuis 2009 et le début de l’affaire Gürtel, ce vaste scandale de corruption dans lequel sont impliqués plusieurs responsables du Parti populaire (conservateur), Mariano Rajoy n’avait jamais été inquiété. Au contraire, il avait même réussi à se présenter comme celui qui avait écarté – après certes quelques atermoiements – les responsables impliqués dans cette affaire.

Cette image s’est sérieusement écornée cette semaine, après les informations publiées par le quotidien El Paísqui font état de l’existence d’une comptabilité occulte au sein du Parti populaire qui aurait servi à verser des salaires non déclarés, pendant des années, aux principaux dirigeants de la formation qui domine pour l’instant la scène politique.

Les documents manuscrits révélés par El País sont des extraits de livres de comptes tenus par Luis Barcenas, ex-trésorier du parti conservateur entre 1990 et 2009. Dans la partie « bénéficiaires », le nom de Mariano Rajoy et les inscriptions M. Rajoy ou M. R. apparaissent avec à chaque fois, sur la même ligne, la quantité d’argent qui lui aurait été remis. Entre 1997 et 2008, l’actuel président du gouvernement aurait ainsi perçu 25.200 euros par an en plus de sa rémunération officielle. Les noms de l’actuelle secrétaire générale Maria Dolores de Cospedal ou de l’ancien directeur général du Fonds monétaire international Rodrigo Rato, figurent aussi sur ces comptes.

Ces revenus complémentaires ne sont pas forcément illégaux à condition, bien sûr, d’être dûment déclarés au fisc. Or cela ne semble pas être le cas pour les versements inscrits dans les livres de comptes de Barcenas. Ils ne sont pas mentionnés dans la comptabilité officielle du parti.

Plus préoccupant encore pour les dirigeants conservateurs : l’origine de l’argent qui aurait servi à verser ces rémunérations occultes. Documents à l’appui, le journal El País explique qu’il s’agirait de dons réalisés par des entrepreneurs, en grande majorité du secteur de la construction, parmi lesquels plusieurs mis en cause dans l’affaire Gürtel, un scandale aux ramifications décidément très étendues. Toujours selon le quotidien espagnol, ces dons au Parti populaire auraient atteint le montant de 7,5 millions d’euros entre 1990 et 2008, bien au-delà des limites permises par la loi espagnole sur le financement des partis politiques.

Le Parti populaire n’a pas tardé à réagir aux révélations de El País. Devant la presse, la numéro deux de la formation, Maria Dolores de Cospedal, a ainsi assuré jeudi que les dirigeants « n’avaient rien à cacher » et que les comptes du PP étaient « clairs et transparents ». Elle a également qualifié les informations du quotidien El País de « mensonges » et de « possible manipulation », une ligne de défense plombée par un des membres les plus influents du parti conservateur, Pio Garcia-Escudero. L’actuel président du Sénat a reconnu la véracité des informations le concernant dans les documents publiés. Il a effectivement perçu en 2000 un peu plus de 6.000 euros qu’il avait lui-même sollicités au parti, et qu’il aurait ensuite remboursés.

L’onde de choc provoquée par ce qui est appelé en Espagne « l’affaire Barcenas » a poussé quelques milliers de personnes à manifester dès jeudi soir devant le siège du Parti populaire à Madrid. Les responsables des principaux partis d’oppositions demandent eux aussi des comptes au PP et à la justice qui, paradoxalement, n’a toujours pas été saisie.

Tout le monde attend aussi les explications de Mariano Rajoy. Ce sera dès ce samedi, a annoncé la porte-parole du gouvernement, à l’issue d’un comité exécutif extraordinaire convoqué par le PP. Cela évitera peut-être au leader conservateur d’avoir à répondre à des questions embarrassantes lors de son prochain rendez-vous avec la presse, lundi à Berlin, après une rencontre avec la chancelière Angela Merkel.

Mariano Rajoy rattrapé par le scandale – Le Soir, 02/02/13

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