Le cinéma espagnol au bord de la crise de nerfs – L’Humanité, 15/05/2013

Par Marie-José Sirach, L’Humanité, 15 mai 2013

Les cinématographies européennes sont à la peine face aux politiques d’austérité, qui ne les ménagent pas. Le cinéma espagnol est de plus en plus asphyxié.

En février dernier, la soirée de gala de remise des goyas – l’équivalent de nos césars –, une soirée censée être la fête du cinéma espagnol, avait un léger goût d’amertume. La quasi-totalité des réalisateurs et acteurs qui sont montés chercher leur goya a eu un mot pour dénoncer les tournages en suspens, les projets à l’arrêt, l’augmentation irrationnelle de la TVA sur les prix des billets d’entrée dans les salles en raison d’une batterie de mesures économiques injustes qui, jour après jour, asphyxient le cinéma espagnol. Devant un secrétaire d’État aux Affaires culturelles affichant un sourire qui fleurait bon le cynisme.

Face au téléchargement illégal, un phénomène outre-Pyrénées très préoccupant, face au désengagement important des chaînes de télévision quant à leurs obligations à l’égard du cinéma, face à l’augmentation de la TVA qui a eu pour effet immédiat de vider les salles, tous les voyants sont au rouge. Le budget des aides publiques au cinéma, qui s’élevait à 123 millions d’euros en 2010, n’est plus que de 55 millions en 2013. Pour Juan Ramon Gomez Fabra, président de la fédération des cinémas en Espagne, « si la production cinématographique ne trouve pas de nouvelles sources de revenus, de nombreux projets seront paralysés et ce sera une grande perte pour la création espagnole ».

Au point que, quelques semaines après les Goyas, en avril, Alta Film, premier distributeur espagnol de cinéma d’auteur, premier réseau de salles indépendantes de la péninsule (les cinémas Renoir ont fourni des générations de cinéphiles espagnols), a déposé son bilan. Les propos de son créateur et dirigeant, Enrique Gonzalez Macho, président de l’Académie des goyas justement, donnaient alors la mesure du désastre : « Les chaînes de télévision, surtout publiques, ne soutiennent plus le cinéma espagnol et encore moins le cinéma d’auteur. Le prix du billet d’entrée est plus qu’un frein. Les gens préfèrent louer des DVD plutôt que d’aller en salle voir les films… »

Mais l’Espagne n’est pas la seule à souffrir des politiques d’austérité. Le cinéma italien connaît les mêmes désagréments, voyant les aides publiques fondre comme neige au soleil. L’Association nationale des industries cinématographiques et audiovisuelles (Anica) dénonce le fait « que l’on continue à frapper un secteur déjà dévasté par les réductions continuelles de l’investissement public ». On pourrait citer le Portugal, la Grande-Bretagne, le cinéma grec à l’agonie… Même l’Allemagne, pourtant toujours prompte à faire la leçon aux autres, ne prend plus soin de son cinéma, et les professionnels réclament que 3,5 % des 7 milliards de redevance collectés soient consacrés à la production de longs métrages. D’autant que, si on en croit la responsable des programmes télé de la chaîne bavaroise BR, Bettina Reitz, « à l’avenir, il n’y aura certainement pas plus mais plutôt moins, voire sensiblement moins, de projets cinématographiques financés ».

Et en France ? Jusqu’ici tout va bien… C’est à voir.

Le cinéma espagnol au bord de la crise de nerfs – L’Humanité, 15/05/2013

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