La crise économique va-t-elle entraîner la mort du football espagnol ?

Atlético de MadridL’Équipe nationale d’Espagne vient de remporter son troisième tournoi majeur d’affilée (Coupe d’Europe 2008 et 2012, Mondial 2010), le Barça et le Real sont les clubs comptant le plus de supporters déclarés en Europe (respectivement 57,8 et 31,3 millions en 2010) et les trois joueurs en lice pour le Ballon d’or évoluent en Liga (Messi, Ronaldo et Iniesta). Pourtant, à l’instar du reste de la société, le foot espagnol est rongé par une crise économique profonde. Les clubs sont au bord de la faillite.

D’après le quotidien sportif As, le Deportivo La Corogne n’en aurait plus que pour quelques semaines avant de déposer le bilan. Endetté à hauteur de 34 millions d’euros, le Fisc saisit désormais toutes les recettes du champion d’Espagne 2000. En première division, la dette accumulée des équipes s’élève à 3,5 milliards d’euros. Un montant qui atteint 4 milliards si on ajoute la Segunda División. Et sur les 23 clubs européens en cessation de paiements, 22 sont espagnols.

Cet été, les joueurs ont même fait grève, entraînant le report du début la compétition. Ils protestaient contre les défauts de paiement de salaire qui touchaient 300 joueurs de première et deuxième division et exigeaient des garanties avant d’entamer la saison. De quoi refroidir certains footballeurs qui rêvent d’évoluer dans le championnat ibérique.

 Des droits TV mal répartis

 Les raisons de cette faillite presque collective sont multiples.

Tout d’abord, la répartition des droits TV, c’est-à-dire la somme que les chaînes de télévision paient aux clubs pour diffuser les matchs, est inégale. Cette importante source de revenus ne bénéficie finalement qu’aux deux équipes phares du pays. Les droits TV étant négociés club par club et non globalement comme dans d’autres pays, le Real de Madrid et le FC Barcelone se partagent la plus grosse part du gâteau, ne laissant que quelques miettes aux autres. Les clubs se plaignent aussi des horaires difficiles que leur imposent les télévisions et qui seraient une des causes de la baisse de fréquentation des stades.

Les clubs espagnols ont, par ailleurs, longtemps eu la fâcheuse tendance à dépenser plus qu’ils ne gagnaient, notamment en transférant des joueurs à prix d’or. Tant qu’ils pouvaient emprunter, la situation était viable. Avec la crise économique qui frappe tout le pays, ce n’est désormais plus possible. De plus, de nombreux propriétaires de clubs étaient des promoteurs immobiliers. Après l’éclatement de la bulle immobilière en 2008, ils ont été contraints de mettre la clé sous le paillasson.

On reproche aujourd’hui aux fédérations de football de ne pas avoir mis en place un système de régulation financière, comme il en existe dans d’autres championnats, qui aurait forcé les clubs à un peu plus de discipline comptable, administrative et juridique.

 Ne pas froisser les aficionados

On pointera également la permissivité des Autorités qui ont laissé les clubs s’enfoncer de leur plein gré dans une situation financière catastrophique. Car les aficionados sont avant tout des électeurs. Et celui qui coulerait un club sous prétexte de faire appliquer la loi se mettrait toute une région à dos. Tout a donc été fait par les pouvoirs locaux pour sauver les clubs. Comme céder des terrains, sponsoriser des maillots ou passer l’éponge sur certaines dettes. « Faute de pain, l’Espagne veut préserver ses jeux, » résumait le journaliste Mathieu de Taillac dans les colonnes du Figaro.

Cependant, le gouvernement ne semble plus très enclin à accorder des privilèges aux clubs. Le pays a besoin d’argent et compte bien en récupérer le plus possible. En avril 2012, les clubs de football professionnels devaient 752 millions aux impôts (490 millions rien que pour les clubs de première division). Le Deportivo La Corogne, le Real Saragosse, le Real Valladolid, le Betis Séville, Osasuna, l’Espagnol de Barcelone, le FC Séville, Majorque, le Celta Vigo et Malaga font partie des clubs les plus endettés auprès du Trésor public. L’Atletico Madrid, actuellement second du championnat, vient quant à lui de rembourser 33 millions d’euros d’arriérés. Une opération qui va l’obliger à mettre Falcao, son attaquant vedette, sur le marché des transferts.

Qui veut racheter mon club ?

Au sommet du classement des équipes les plus endettées d’Espagne, on retrouve les mêmes clubs qu’au sommet du classement du championnat : le Real et le Barça (environ 5oo millions d’euros chacun). Pas d’inquiétude à avoir, cependant, du côté des supporters Merengues et Blaugranas. « Ils vont pouvoir payer, » assure José María Gay de Liébana, professeur d’économie financière et de comptabilité à l’Université de Barcelone dans une interview accordée en novembre au site Goal.com. Il estime que Valence, Séville, l’Athletic et Osasuna devraient aussi s’en sortir. Par contre, il fustige le « sauvetage » des clubs par l’arrivée providentielle d’investisseurs étrangers en qui il n’a aucune confiance. « Que le Barça soit sponsorisé par le Qatar me semble très bien car il cherche un positionnement mondial. Il paraît que le Real Madrid aussi est en négociation avec les Émirats (…) et cela l’aidera. Mais l’arrivée d’investisseurs, comme il y a eu à Malaga, s’est conclu par un fiasco. » En effet, le rachat de ce club, comme celui de Santander et de Getafe, n’ont en rien amélioré la situation. « Nos équipes sont faciles à acheter car elles sont en situation précaire. Il faut faire attention. »

Enfin, les conséquences de cette crise économique du football espagnol sont également sportives. Le fossé qui se creuse entre les surpuissants Barça et Real d’un côté et les clubs surendettés de l’autre enlève une grande partie de l’intérêt d’un championnat qui se résume depuis quelques années à un duel Madrid-Barcelone. Sur les huit dernières saisons, l’écart moyen entre le premier et le troisième était de 20,5 points. La saison passée, le champion madrilène avait 39 points d’avance sur Valence, le troisième ! Et à part en 2007-2008 où Villareal avait fini deuxième, Barcelone et Madrid ont toujours terminé aux deux premières places.

Le football espagnol, jadis si flamboyant, entre maintenant dans une longue période d’austérité. Et la mise en place par l’UEFA du fair-play financier qui contraindra, dès 2014, les clubs à avoir des dépenses n’excédant pas leurs revenus sur une période de trois ans, risque de bouleverser complètement la hiérarchie du football européen.

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