Manuela Carmena, le poids des alter à Madrid – Libération, 22/05/2015

En un rien de temps, on lui a voué une sorte de culte. Dans tout Madrid, on peut voir des portraits géants de cette retraitée de 71 ans, élégante et nature à la fois, ex-juge du Tribunal suprême, qui monte à bicyclette. Le slogan : «Madrid mérite sa Manuela.» Vidéos, dessins, photos sur Instagram, tracts réalisés par des artistes : sur les réseaux sociaux, dans les cercles culturels et progressistes, Manuela Carmena est une vedette. Une partie de la capitale attend de la candidate atypique à la mairie qu’elle réalise une prouesse : détrôner la droite, pour qui Madrid est un bastion depuis les années 90. D’après les sondages, ce qui paraissait impensable il y a encore deux semaines ne l’est plus aujourd’hui.

Malgré son âge, cette juriste incarne à merveille cette contestation qui a vu le jour dans la capitale espagnole, en mai 2011 à la Puerta del Sol, sous la forme d’un campement improvisé de gens en colère contre une «classe politique corrompue et inféodée au pouvoir financier». Manuela Carmena n’appartient à aucun parti, elle est un électron libre, jalouse de son indépendance qui, après beaucoup d’insistance, a accepté de mener la liste de l’«indignation». Appuyée par le parti Podemos, elle fédère une candidature citoyenne qui, aux dires de son entourage, «n’est liée à aucun groupe de communication et n’est aux ordres d’aucune banque».

Croisade. Dans le jargon altermondialiste, la septuagénaire est une «yayo flauta», ces seniors qui ont activement participé aux mouvements de protestation contre les coupes budgétaires dans les budgets de santé et d’éducation. Sa principale force, c’est un CV sans tache et édifiant. A l’opposé de sa rivale, Esperanza Aguirre, une baronne du parti au pouvoir associée à divers scandales de corruption, Manuela Carmena représente une sorte d’Eliot Ness moderne. Une incorruptible qui, à 33 ans, était avocate dans un cabinet où cinq de ses collègues furent assassinés par un commando d’extrême droite. A 45 ans, alors juge d’application des peines, elle milite pour que les détenus disposent de psychologues. Quatre ans plus tard, doyenne des magistrats madrilènes, elle lance une croisade contre les pots-de-vin dans les milieux judiciaires. A 52 ans, nommée porte-parole du Conseil de la magistrature, elle renonce à son véhicule de fonction, décide de circuler en vélo ou en transport public et d’abaisser son salaire. Contre ses adversaires «politiciens», elle rappelle son activité principale de retraitée : tenir une boutique où sont vendus des vêtements confectionnés par des détenus.

Austérité. Si elle est élue à Madrid, elle a promis que son salaire sera environ cinq fois inférieur à celui de la maire sortante, Ana Botella, épouse de l’ancien chef du gouvernement conservateur José Maria Aznar. En outre, les élus ne pourront pas toucher plus de quatre fois le salaire minimum, soit quelque 3 000 euros mensuels. L’austérité a d’ailleurs commencé dès la campagne électorale, puisque la liste qu’elle dirige, Ahora Madrid («Madrid maintenant»), a pratiqué la transparence sur ses comptes et n’aurait dépensé que 150 000 euros, recueillis grâce à des microcrédits.

Sa rivale conservatrice lui reproche d’avoir prêté une assistance juridique en 2011 à des prisonniers basques d’ETA qui auraient subi des mauvais traitements de la part des forces de l’ordre espagnoles. «En matière de droits de l’homme, je n’ai de leçon à recevoir de personne !» rétorque Manuela Carmena. Et dans les rangs de la gauche radicale, elle est l’une des rares à avoir condamné avec force le régime vénézuélien. »

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