Avortement : la réforme qui divise les conservateurs

Manifestation contre la réforme de l'avortement à MadridIls étaient des dizaines de milliers à défiler dans les rues de Madrid, samedi dernier, pour protester contre le projet d’interdiction quasi totale l’avortement. Pourtant, ce n’est pas tant la pression populaire que les dissidences internes au parti conservateur qui pourraient empêcher la loi de voir le jour.

Parmi les milliers de manifestants venus protester contre le projet de réforme de la loi sur l’avortement, samedi dernier à Madrid, certains tenaient en main des branches de persil et de rue, deux plantes utilisées pour provoquer les interruptions de grossesses à l’époque où cette pratique était encore interdite. Car c’est bien un retour en arrière de près de 30 ans qui s’annonce si la loi proposée par le ministre de la Justice Alberto Ruiz-Gallardón est adoptée.

Cette réforme, les conservateurs du Partido Popular l’avaient promis à leurs électeurs les plus radicaux lors de la campagne de 2011. En cas d’accession au pouvoir, ils reviendraient sur la loi de 2010 qui autorise l’interruption volontaire de grossesse jusqu’à 14 semaines sans justification (22 semaines en cas de risque pour la mère ou de malformation du fœtus) et qui offre la possibilité aux filles de 16 et 17 ans d’avorter sans l’accord de leurs parents.

La loi la plus restrictive de la démocratie

Trois ans plus tard, le PP est aux affaires et un avant-projet de loi vient d’être voté par le conseil des ministres. Il prévoit l’interdiction totale des IVG sauf en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. Soit des dispositions encore plus restrictives que ce que prévoyait la toute première loi sur l’avortement adoptée en 1985.

La mesure est rejetée par une écrasante majorité des Espagnols. Dans un sondage réalisé pour El País en janvier, 86 % des personnes interrogées estiment que toute femme devrait avoir le droit de décider librement si elle veut avorter ou pas. Et dans les rangs des sympathisants du PP, ils sont à peine 31,5 % à être favorable à la réforme, d’après une enquête de El Mundo.

Mais les conservateurs, en baisse quasi constante dans les sondages depuis leur arrivée à la tête de l’État, veulent absolument éviter la démobilisation de leur électorat le plus à droite. Ils doivent également satisfaire les autorités catholiques du pays, très influentes auprès des membres du gouvernement.

Le ministre de la justice Gallardón et le président Rajoy

Le ministre de la justice Gallardón et le président Rajoy

Cependant, de plus en plus de voix s’élèvent au sein du Partido Popular contre la trop grande radicalité de la réforme. Des dissidences perceptibles aussi bien au niveau local qu’au sommet de l’appareil étatique.

Les municipalités contre la réforme

C’est d’ailleurs pour mieux mettre en lumière ces divergences idéologiques internes que l’opposition s’est appliquée ces dernières semaines à faire descendre le débat sur l’avortement jusque dans les mairies, là où les élus sont moins liés aux consignes du parti. Des dizaines de petites municipalités, pourtant aux mains des conservateurs, ont déjà approuvé des motions de rejet de l’avant-projet de loi. Et en Estrémadure, le président de région envisage même de faire une alliance avec l’opposition socialiste afin de créer un front commun contre la réforme.

Des prises de positions purement symboliques puisque de telles matières sont votées par les députés nationaux. Toutefois, certains barons du Partido Popular tentent également de se démarquer. Notamment le parlementaire basque Borja Semper qui invite les députés PP à voter en leur âme et conscience et non en fonction de la discipline du parti, ou la déléguée du gouvernement à Madrid, Cristina Cifuentes, qui a récemment annoncé lors d’une interview qu’à titre personnel, elle était favorable à la loi actuelle. Quant au président Mariano Rajoy, il reconnaît des points de controverses et admet que l’avant-projet de loi peut être amélioré.

Ce mardi, les députés du Congrès voteront une proposition socialiste de retrait de l’avant-projet de loi. L’opposition a obtenu que le vote se fasse à bulletins secrets afin de permettre aux élus de droite, et plus particulièrement aux femmes, de s’exprimer selon leurs convictions. Mais même en comptant sur l’appui de quelques députés du PP, la proposition n’a aucune chance d’être acceptée. Par contre elle permettra une fois encore de mettre à l’épreuve la cohésion de la majorité.

VOIR AUSSI :

Interdiction de l’avortement : l’Église met la pression

Mobilisation pour une interdiction totale de l’avortement

Opus Dei – La Guerre des Mondes (CIBL – Montréal) 28/11/12

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